Par Thomas Monge
Une Méthode d’intervention Sociale et éducative primordiale s’impose dans une période d’effondrement qui s’annonce et que nous subissons déjà (appauvrissement des classes populaires, précarisation généralisée, hausse des prix – énergies, loyers, produits de première nécessité, nourriture -, risques climatiques, invisibilisation des précaires…). L’iniquité de cette situation cible en priorité les personnes les plus vulnérables, alors que les responsables sont les plus protégés.
Agir en Pédagogie sociale constitue un enjeu majeur, pour continuer à croire et à prouver que les liens de solidarité au sein des classes populaires dans notre pays, dans les quartiers populaires sont actifs et qu’ils n’attendent pas les institutions pour exister. C’est dans cette optique que nous agissons et que nous transmettons cette vision, cette grille de lecture et d’analyse aux personnes qui nous rejoignent.
Je définis la Pédagogie Sociale par cette formule : travailler en Pédagogie Sociale c’est refuser la rigidité de fonctionnement des institutions. C’est accepter et affirmer la nécessité d’avoir une souplesse dans le fonctionnement collectif pour pouvoir agir sur les problèmes sociaux et accueillir et accompagner des personnes en difficultés sociales. La situation sociale du pays s’aggrave. La spécificité du travail en pédagogie sociale permet de vivre, observer et accueillir les réalités sociales sans œillères, sans filtres, et avec peu de moyens par rapport aux organisations ayant des responsabilités, et aux structures intervenant dans le secteur social.
Les situations sociales dans les quartiers populaires se détériorent. Les cinq dernières années ont continué à appauvrir, précariser les populations en situation de détresse. Un nombre incroyable d’enfants ressortent de ces deux années de pandémie avec des problèmes de santé graves (trauma, perte de liens sociaux dû aux confinements et à la peur de la maladie, déscolarisation, précarisation des parents, des familles, malnutrition due à l’inflation et à la hausse du prix des produits de première nécessité notamment). La situation s’aggrave.
Le travail en Pédagogie Sociale vient agir sur ces liens de confiance entre les gens et sur leur création et leur renforcement.
Notre accueil inconditionnel nous permet d’être en prise direct avec la réalité sociale, avec les difficultés sociales des habitant·e·s des quartiers où nous intervenons. Pas d’œillères, nous voulons voir la vérité en face. Et en parallèle, nous continuons à être témoin de l’incapacité d’autres organisations (toujours plus grosses que nous) à reconnaître les changements en cours.
Cette démarche de travail en Pédagogie Sociale construit des principes qui viennent remettre en question les rapports sociaux ; les préjugés des institutions sur les défaillances et donc les besoins associés des familles des classes populaires.
Dans le secteur social, les professionnel·le·s qui interviennent auprès des familles précaires n’ont jamais connu ces situations-là. Quand des fossés culturels, sociaux et économiques existent entre des professionnel·le·s et des bénéficiaires, la prise en compte du vécu des bénéficiaires nourrit des préjugés, des idées reçues, et aboutit à des injonctions hors sol dénuées de toute empathie, ou de moyens réalistes pour réellement agir.
En Pédagogie Sociale, on se rapproche fortement d’une relation de pairs à pairs lorsque l’on agit avec les familles pour faire bouger les situations de blocage (administratives avec les institutions, éducatives avec les écoles et collèges…). Nous avançons vers des solutions face aux problématiques rencontrées avec les personnes concernées. Nous n’agissons jamais sans elles. L’éducation populaire et la pédagogie sociale guident nos manières d’agir vers le collectif.
Notre travail social a du cœur et il opère au sein de la société, et non en périphérie. Il se vit dans le dehors et il s’adapte aux réalités vécues. Il n’impose pas son mode de fonctionnement, mais il s’impose comme une autre manière d’agir et de voir les quartiers (sans regard méprisant), comme une autre manière d’être éducateur, éducatrice, d’être pédagogue et surtout d’être un humain déshabillé de son statut social conféré par son statut ou son employeur.
Un des principes essentiels, revendiqué de notre travail social et, qui constitue selon moi une différence importante est « la disponibilité ». Nous nous devons d’être disponibles. Les enjeux sociaux nous y obligent car le traitement des institutions nous démontre depuis trop longtemps sa défaillance à ce sujet.
Il s’agit ainsi de participer à la construction de liens pour renforcer nos pouvoirs d’agir collectifs.
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